29 novembre 2025
Résumé : Dans ce premier article, j’examine la demande et l’offre des services PCBMI et je conclus qu’il existe un écart important entre la demande et l’offre, ce qui conduit systématiquement à nombre insuffisant de personnes desservies. La situation s’est légèrement améliorée, passant d’une demande sur cinq satisfaite en 2017 à une sur quatre en 2023. Mais cette amélioration est due à l’augmentation de la productivité des bénévoles, le nombre de bénévoles étant pratiquement le même en 2023 qu’en 2017, mais aidant davantage de personnes.
Dans les années à venir, il y aura deux façons de combler l’écart entre la demande et l’offre de ce service. L’ARC semble parier que la production automatisée de déclarations de revenus réduira la demande pour le PCBMI. Mais je pense que c’est un mauvais pari, car la demande ne devrait pas diminuer et pourrait même augmenter de façon significative. Au contraire, l’écart devra être comblé par une augmentation de l’offre de ce service.
La solution à l’augmentation de l’offre sera le recrutement et la rétention des bénévoles. Le deuxième article examine les mesures prises pour remédier ce problème.
En 2022, j’ai écrit trois articles sur le recrutement de bénévoles intitulés Tendances actuelles, Ce que l’ARC prévoit de faire, et Une approche directe complémentaire. Mon objectif était d’identifier des solutions gratuites ou peu coûteuses pour améliorer le recrutement de bénévoles.

Je reviens sur la question du recrutement de bénévoles dans les deux articles de cette série. Dans ce premier article, j’examine la demande et l’offre de services du PCBMI sur une période de sept ans, de 2018 à 2024. Après avoir identifié trois caractéristiques clés de cette période, je spécule sur ce que seront probablement la demande et l’offre des services PCBMI dans les prochaines années. Je conclus cet article en montrant qu’il existe deux façons de combler l’écart entre la demande et l’offre. Je soutiens que l’une des deux façons est risquée, mais que l’autre implique une augmentation significative du recrutement de bénévoles. Le deuxième article de cette série examine les mesures prises pour résoudre le problème du recrutement de bénévoles.
Demande et offre récentes de services PCBMI
À un moment donné de ma carrière, j’ai suivi une formation d’économiste. J’ai appris comment la demande et l’offre d’un bien ou d’un service interagissent. Cela peut être une façon utile d’envisager le PCBMI, qui fournit un service gratuit.
A. Demande récente
Il est difficile de déterminer avec précision la demande pour ce service au cours des dernières années. Mais il existe plusieurs façons de faciliter cette mesure.
Lorsqu’un service est proposé à un certain prix, les économistes aiment affirmer que ce prix augmentera (ou diminuera) jusqu’à ce qu’un équilibre soit atteint entre la demande et l’offre. Mais le PCBMI est un service gratuit. Dans ce cas, la théorie veut que la demande pour le service dépasse toujours l’offre disponible.
Cependant, une restriction permet de réduire la demande potentielle. L’Agence du revenu du Canada (ARC) stipule que ce service ne doit être offert qu’aux personnes à faible revenu ou revenu modeste. Elle suggère donc des niveaux de revenu que les organismes d’accueil peuvent utiliser pour déterminer l’admissibilité d’une personne à ce service. Ces dernières années, ces niveaux ont toujours été supérieurs au seuil de pauvreté pour les petits ménages, y compris les personnes seules, les couples et les parents seuls avec un enfant.
Néanmoins, les organismes d’accueil peuvent ajuster ces plafonds de revenus en fonction de leur situation locale. Il est donc difficile déterminer le nombre d’adultes admissibles à ce service gratuit.
De plus, toutes les personnes à faible revenu ou revenu modeste ne souhaitent pas bénéficier du service gratuit du PCBMI. Certaines personnes produisent leurs propres déclarations. D’autres paient quelqu’un pour le faire et d’autres encore ne veulent rien faire. Ainsi, l’admissibilité n’est peut-être pas le meilleur indicateur pour mesurer la demande de services du PCBMI.
Pour simplifier les choses, je ne tiens compte que du nombre d’adultes en situation de pauvreté au cours d’une année d’imposition donnée. Ils sont tous éligibles pour produire une déclaration par l’entremise du PCBMI. J’exclus les personnes ayant des revenus modestes.
Voici les chiffres de la pauvreté chez les adultes pour les dernières années :

J’utilise ces chiffres sur la pauvreté[i] comme indicateur de la demande de services PCBMI pour les prochaines saisons des impôts. Le nombre de personnes en situation de pauvreté en 2017 est légèrement supérieur à celui de 2023. Ainsi, on pourrait dire que la demande a légèrement diminué depuis 2018 (la saison des impôts pour l’année d’imposition 2017), après avoir fortement chuté pendant la pandémie de COVID, puis rebondi.
B. Offre récente
La principale contrainte dans la prestation des services PCBMI est la disponibilité des bénévoles, car ce sont eux qui préparent et produisent les déclarations pour les clients.
Les bénévoles ont besoin d’organismes d’accueil, au moins une partie du temps.[ii] Une fois la saison régulière terminée, rien n’empêche les bénévoles du PCBMI qui le souhaitent d’offrir ce service directement à de nouveaux clients.
La croissance saine du nombre de bénévoles d’une année à l’autre résulte à la fois d’un recrutement important de nouveaux bénévoles et d’un taux de rétention élevé des bénévoles de l’année précédente.

De quelle manière le PCBMI a-t-il réussi sur ces deux fronts ? L’ARC dispose de données sur les nouveaux bénévoles et ceux qui reviennent. Elle dispose également de données sur le nombre d’années de service des bénévoles qui reviennent.[iii] Elle connaît donc les chiffres de recrutement et de rétention pour chaque année. Mais elle ne publie aucune de ces informations.
En nous basant uniquement sur les chiffres globaux, on ne peut pas déterminer quelle part du chiffre annuel est répartie entre les nouveaux bénévoles et ceux qui reviennent. Il est donc impossible d’être précis sur les taux de rétention. Mais une différence positive entre deux années consécutives représente une partie de l’effort de recrutement.
Cependant, ce que l’ARC appelle un bénévole n’est pas ce que l’on considère normalement comme un bénévole. L’ARC compte comme bénévole tous les membres du personnel des organismes d’accueil inscrits pour participer à leur comptoir d’impôt. Je suppose que chaque organisme d’accueil a au moins un membre du personnel (généralement l’administrateur du comptoir d’impôt) inscrit auprès du PCBMI en tant que bénévole. Pour obtenir une estimation du nombre réel de bénévoles, je soustrais le nombre d’organismes d’accueil du nombre de bénévoles recensés par l’ARC. Cela donne ce que j’appelle l’estimation ajustée du nombre de bénévoles.[iv] (Voir l’article sur les tendances actuelles pour une discussion plus détaillée sur ce point.)
Voici les données les plus récentes sur les taux de croissance des estimations ajustées du nombre de bénévoles.
La croissance pour les saisons d’impôts 2023 et 2024, respectivement à 11 % et 16 %, semble solide. Cependant, en 2024, le PCBMI ne s’était toujours pas complètement remis des répercussions de la COVID : tant les chiffres de l’ARC que mes estimations ajustées restaient bien en dessous du sommet atteint en 2019.
A+B = Interaction entre la demande et l’offre récentes
Dans quelle mesure l’offre a-t-elle répondu à la demande ?

Évolution du PCBMI – mise à jour de 2024 – 2ième partie – Infrastructure soutenant la prestation des services PCBMI,
Évolution du PCBMI – mise à jour de 2024 – 3ième partie – Productivité des services PCBMI
Trois conclusions peuvent être tirées de ces chiffres.
1Il y a eu un important décalage entre la demande et l’offre, le nombre de personnes desservies étant systématiquement trop faible. En termes simples, l’offre de services PCBMI n’était pas suffisante pour répondre à la demande.
Bien que la mesure que j’utilise pour évaluer la demande (les adultes en situation de pauvreté) ne soit peut-être pas la meilleure, le dernier rapport du Conseil consultatif national sur la pauvreté confirme ma première conclusion. Il fournit des preuves anecdotiques que des Canadiens admissibles se sont vu refuser l’accès à ce service.

2Bien que le nombre de personnes desservies reste trop faible, il est passé de 20 % à 27 % entre 2018 et 2024. En d’autres termes, la PCBMI est passée de desservir une personne sur cinq à desservir une personne sur quatre qui demande ce service. Il s’agit d’une amélioration notable.
3Cette amélioration est due à l’augmentation de la productivité des bénévoles, car la tendance en matière de bénévolat entre 2018 et 2024 est restée globalement stable. En d’autres termes, le bénévole moyen a aidé plus de personnes au fil du temps. Cela s’explique peut-être par le fait qu’ils ont consacré moins d’heures au bénévolat lors des précédentes saisons des impôts. Ou peut-être que les bénévoles sont devenus surchargés lors des dernières saisons des impôts.
Demande future pour les services PCBMI
Statistique Canada publiera les chiffres de la pauvreté pour 2024 au début de l’année 2026. Il n’y a aucune raison de croire que la proportion de personnes vivant dans la pauvreté aura diminué. Comme la population nationale a augmenté, cela signifie que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté aura augmenté. Il est aussi possible que la proportion de personnes vivant dans la pauvreté ait augmenté. Nous devrons attendre pour le savoir.
Il en va de même pour 2025 et les années suivantes. Nous ne pouvons tout simplement pas le savoir à l’heure actuelle.
Cependant, un événement récent pourrait modifier la demande.

Ce mois-ci, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il allait introduire la production automatisée de déclarations de revenus pour les Canadiens à faible revenu en 2027. On pourrait en conclure que cela réduira la demande pour les services du PCBMI. C’est sans doute la raison pour laquelle l’ARC ne fournit plus de subventions au PCBMI.
Mais il y a de bonnes raisons de penser que la demande ne diminuera pas et pourrait même augmenter considérablement. Pourquoi?
Bien que tous les détails ne soient pas encore connus, certains éléments du processus de production automatisée de déclarations ont été rendus publics.
L’ARC enverra des déclarations préremplies sur la base des informations dont elle dispose sur les revenus. Elle accordera aux destinataires un délai de 90 jours pour répondre. S’ils ne contactent pas l’ARC ou ne produisent pas leur propre déclaration avant la date limite, l’ARC produira leur déclaration préremplie. D’ici 2029, l’ARC prévoit d’émettre jusqu’à 5,5 millions de déclarations préremplies.[v]
Cela aidera les personnes dont la situation d’imposition et de prestations est simple.
Mais beaucoup de gens continueront à rencontrer des difficultés. Les déclarations préremplies n’incluront pas les demandes de prestations fédérales et provinciales liées aux dépenses, car l’ARC ne dispose pas de ces informations.[vi] D’autres problèmes peuvent survenir, tels que des erreurs de revenu ou des changements d’état civil ou d’adresse postale au cours de l’année d’imposition.
Vers qui les gens pourront-ils se tourner pour obtenir de l’aide ?

Ils devraient pouvoir appeler l’ARC. Mais l’ARC est débordé par le volume d’appels. Et elle fait face à des coupes budgétaires d’un milliard de dollars chaque année pendant les quatre prochaines années. Même si une personne parvient à joindre un agent, il peut être difficile de répondre aux questions de vérification du client.
La plupart des Canadiens ne comprennent pas le système fiscal. C’est pourquoi, chaque année, environ 60 % d’entre eux demandent à d’autres personnes de préparer et de produire leur déclaration à leur place. Les Canadiens à faible revenu ne font pas exception.
Beaucoup continueront de chercher de l’aide auprès des comptoirs communautaires. Pour certains, il s’agira simplement s’agir de comprendre leur déclaration préremplie. Bien sûr, ils peuvent toujours demander à leur bénévole de préparer et de produire leur déclaration (comme l’ont choisi de le faire la plupart des destinataires des invitations Déclarer simplement). Peut-être parce qu’ils ne font pas confiance à l’ARC pour produire correctement leur déclaration. Ou peut-être voudront-ils obtenir des estimations des prestations auxquelles ils ont droit.

D’autres ne seront pas admissibles à recevoir des déclarations préremplies, notamment les personnes qui n’ont pas produit de déclaration au cours des deux dernières années ou plus. (Ce sont justement ces personnes que la production automatisée de déclarations était censée aider à l’origine.) Elles auront besoins d’aide. Comme l’ARC ne préparera pas de déclarations préremplies pour les années antérieures, certaines personnes auront également besoin d’aide pour préparer et produire ces déclarations.
Pour ces raisons, la production automatisée de déclarations ne devrait pas entraîner une réduction de la demande, du moins au cours des premières années. Bien qu’il soit impossible de savoir combien de personnes à faible revenu utiliseront l’option de production automatisée de déclaration de revenus une fois qu’elle sera pleinement opérationnelle en 2027, cela pourrait très bien entraîner une augmentation significative de la demande pour les services PCBMI.[vii]
Quoi qu’il en soit, ceux qui ne reçoivent pas de déclarations préremplies ou qui ne font pas confiance à l’ARC pour préparer et produire correctement leur déclaration continueront de recourir aux services PCBMI.
Implications pour l’offre future des services PCBMI
Comme indiqué ci-dessus, il existe un écart constant entre la demande et l’offre des services PCBMI. Normalement, l’ARC devrait vouloir réduire cet écart afin que davantage de Canadiens à faible revenu puissent produire leur déclaration gratuitement.
L’ARC estime peut-être qu’en offrant la production automatisée, elle comblera cet écart en réduisant la demande pour les services PCBMI. J’ai soutenu plus haut qu’il existe un risque que la production automatisée ne réduise pas la demande pour ce service, voire qu’elle augmente considérablement.

L’autre approche pour combler l’écart consiste à augmenter l’offre du service. Cela a déjà été réalisé en augmentant la productivité des bénévoles. Au cours de la période 2018-2024, un nombre à peu près identique de bénévoles a aidé un nombre croissant de personnes, ce qui a permis au PCBMI de passer d’une aide à une personne sur cinq à une aide à une personne sur quatre vivant dans la pauvreté.
Mais cette approche a peut-être atteint ses limites. Pour augmenter encore l’offre, des efforts doivent être faits pour recruter de nouveaux bénévoles. Le recrutement restera également important pour faire face à l’attrition des bénévoles.
Dans le deuxième article de cette série en deux parties, j’examine ce qui est fait pour recruter des bénévoles.
[i] Ces chiffres sont obtenus en soustrayant le nombre de personnes âgées de moins de 18 ans du nombre total de personnes vivant dans la pauvreté, tel qu’indiqué dans l’Enquête canadienne sur le revenu, tableau 3.
[ii] Il fut un temps où les bénévoles du PCBMI n’avaient pas besoin d’être affiliés à un organisme d’accueil. Mais l’ARC a pris la décision politique de mettre fin à cette pratique. Parmi les nombreuses raisons, il s’agissait probablement de faire respecter la règle selon laquelle tous les bénévoles devaient présenter un certificat de vérification des antécédents judiciaires valide. Il n’était pas efficace pour l’ARC d’appliquer cette règle directement auprès des bénévoles. Elle pouvait toutefois le faire plus efficacement par l’intermédiaire des organismes d’accueil, en vérifiant auprès des coordonnateurs des comptoirs que tous leurs bénévoles avaient soumis des vérifications valides. Les bénévoles approuvés sous l’ancien système ont bénéficié d’une clause d’antériorité et ne sont pas tenus d’offrir leurs services dans le cadre du PCBMI sous l’égide d’un organisme d’accueil.
[iii] Elle peut obtenir ces données grâce à son processus d’inscription au PCBMI, car elle peut déterminer si les bénévoles sont nouveaux ou anciens, et dans le cas de ce dernier, le nombre d’années de service au sein du PCBMI.
[iv] Le nombre de bénévoles inscrits déclarés chaque année par l’ARC est probablement supérieur au nombre de bénévoles qui fournissent les services PCBMI au cours de l’année. Cela s’explique par le fait que le taux d’abandon effectif des nouveaux bénévoles peut être important. Certains nouveaux bénévoles ne participent pas à la formation et ne sont donc pas utilisés par leur coordonnateur, car ils ne possèdent pas l’expérience nécessaire. D’autres se retirent quand ils réalisent que l’engagement en termes de temps est plus important qu’ils ne le pensaient. D’autres encore rencontrent des difficultés techniques (liées à leur inscription auprès de l’ARC ou au logiciel) qui s’avèrent insurmontables dans le court laps de temps disponible. Le fait que le soutien apporté par l’organisme d’accueil tout au long du processus d’intégration des bénévoles soit inégal n’aide pas non plus. Lorsque la saison de pointe bat son plein, cela signifie que les nouveaux bénévoles pleinement fonctionnels ne représentent probablement qu’une petite partie du groupe de bénévoles. Le nombre de bénévoles déclarés par l’ARC ne fait pas la distinction entre les personnes inscrites et le sous-groupe qui finit par préparer et produire les déclarations.
[v] Dans mon article récent sur ce qui pourrait se passer à partir de 2027, j’ai présenté trois scénarios et émis l’hypothèse que le scénario le plus probable serait que l’ARC demande le consentement de la personne avant de produire sa déclaration, mais qu’elle ne la produirait pas sans le consentement du client. Le budget 2025 précise que, même si l’ARC demandera initialement le consentement, la Loi sur l’impôt sur le revenu sera modifiée pour lui donner le pouvoir de produire les déclarations même si elle n’obtient pas ce consentement.
[vi] Parmi les exemples de crédits fédéraux, on retrouve les dons caritatifs et politiques, ainsi que le Crédit d’impôt pour les abonnements aux nouvelles numériques. Selon la province ou le territoire, il peut également exister de nombreux crédits remboursables.
[vii] L’introduction en 2018 du service téléphonique automatisé de l’ARC pour la production des déclarations n’a pas eu d’incidence notable sur la demande de services du PCBMI. Même si 2 millions de Canadiens à faible revenu ont été invités à utiliser ce service en 2024 et de nouveau en 2025, moins de 5 % ont accepté cette offre; les utilisateurs de Déclarer simplement représentent environ un dixième du nombre de clients PCBMI desservis en 2024 et 2025.

