UNE PÉNURIE DE BÉNÉVOLES POURRAIT COMPROMETTRE LE PCBMI AU COURS DES CINQ PROCHAINES ANNÉES : PROBLÈMES DE RECRUTEMENT

29 novembre 2025

Résumé : Dans le premier article, j’ai soutenu que l’ARC semble miser sur l’introduction de la production automatisée de déclarations pour réduire la demande de services du PCBMI.  Mais c’est un mauvais pari, car la demande ne devrait pas diminuer et pourrait même augmenter considérablement.  Tout écart futur entre la demande et l’offre des services PCBMI devra être comblé par une augmentation de l’offre de ce service.  Pour augmenter l’offre, il sera essentiel de recruter et de retenir des bénévoles.  Le deuxième article examine les mesure prises pour remédier à ce problème.

L’ARC et les organismes d’accueil partagent la responsabilité du recrutement des bénévoles.  En raison de son pari sur la production automatisée, il est peu probable que l’ARC intensifiera ses efforts de recrutement très modestes pour le PCBMI dans les années à venir.  Pourtant, si la tendance actuelle du bénévolat au Canada se poursuit à la baisse, les organismes d’accueil auront beaucoup de mal à recruter de nouveaux bénévoles.

L’absence de croissance du nombre de nouveaux organismes d’accueil depuis la COVID signifie que la plupart des nouveaux bénévoles sont recrutés par des organismes d’accueil existants.  Avec l’annonce de l’introduction de la production automatisée, les organismes communautaires qui auraient pu envisager de devenir des organismes d’accueil du PCBMI peuvent désormais supposer qu’il n’est pas nécessaire d’offrir des services PCBMI à ce stade.  Et la plupart des organismes d’accueil existants n’ont aucune incitation à intensifier le recrutement de bénévoles.

Compte tenu de tout ce qui précède, je vois se profiler une crise potentielle dans la prestation des services PCBMI au cours des cinq prochaines années, alors que l’écart entre la demande et l’offre des services PCBMI ne cesse de s’élargir.  Les résultats du pari de l’ARC selon lequel la production automatisée réduira le besoin du PCBMI ne seront connus qu’au début de 2028, après la première année complète de production automatisée.  Si le pari de l’ARC s’avère erroné, ce n’est peut-être qu’à ce moment-là que l’ARC se rendra compte qu’elle a toujours autant, voire plus que jamais, besoin du PCBMI.


Dans le premier article, j’ai soutenu que l’Agence du revenu du Canada (ARC) semble miser sur l’introduction de la production automatisée de déclarations pour réduire la demande des services PCBMI.  Mais c’est un mauvais pari, car la demande ne devrait pas diminuer et pourrait même augmenter considérablement.  Tout écart futur entre la demande et l’offre des services PCBMI devra être comblé par une augmentation de l’offre de ce service.  La clé de l’augmentation de l’offre sera le recrutement et la rétention des bénévoles.  C’est le sujet de ce deuxième article.

D’abord, je présente un bref aperçu de l’état actuel du recrutement de bénévoles au Canada.  J’examine ensuite comment l’ARC et les organismes d’accueil relèvent ce défi.

Tendances canadiennes dans le recrutement de bénévoles

Quel est le contexte actuel pour le recrutement de nouveaux bénévoles?  En termes bref, cela devient plus difficile que jamais.

Statistique Canada publie régulièrement des données sur l’état du bénévolat au Canada.  Ces données remontent à 2004.  En juin de cette année, l’organisme a publié son étude, basée sur les données de son enquête de 2023.  Statistique Canada fait la distinction entre le bénévolat formel (au sein d’organismes de bienfaisance, d’organismes à but non lucratif et de groupes communautaires) et le bénévolat informel (aider les voisins, les amis et aux projets communautaires locaux).  Le bénévolat pour le PCBMI relève de la catégorie du bénévolat formel. 

Les données présentées ci-dessous concernent le bénévolat formel.[i]

Les données de Statistique Canada pour l’année concernée sont disponibles aux liens suivants : 2004, 2007, 2010, 2013, 2018, 2023.

La conclusion générale est que le bénévolat a continué à décliner depuis l’étude de 2018.  Il y a de nombreuses raisons à cela, mais elles ne nous concernent pas ici.  Les données montrent toutefois que moins de personnes font du bénévolat formel.   En moyenne, les bénévoles ont donné 173 heures en 2023, contre 206 heures en 2018.  À moins que la tendance à la baisse depuis 2010 ne se soit inversée ou stabilisée au cours des deux dernières années, le recrutement des bénévoles pour le PCBMI sera une tâche difficile pour un avenir prévisible.

Recrutement de bénévoles au PCBMI – une responsabilité partagée

Il y a deux façons de recruter des bénévoles.  Une personne peut s’inscrire auprès de l’ARC; si elle ne connaît pas les comptoirs d’impôt dans leur région, le coordonnateur PCBMI de l’ARC peut les orienter vers des comptoirs d’impôt locaux qui ont besoin de bénévoles.  Une personne peut aussi manifester son intérêt pour le comptoir d’impôt organisé par son organisme communautaire; le coordonnateur du comptoir d’impôt peut les diriger vers l’ARC pour qu’elle s’inscrive.

Ainsi, tant les organismes d’accueil que l’ARC jouent un rôle important dans la promotion du PCBMI afin d’attirer de nouveaux bénévoles.

ARC – Plans de recrutement

Comme je l’ai souligné dans mon dernier article sur ce sujet, Ce que l’ARC prévoit de faire, la stratégie de recrutement de l’ARC en 2021 était axée sur son nouveau projet pilote de subventions.  Parmi les nombreuses attentes de l’ARC concernant ce projet, deux concernaient le recrutement de bénévoles.

L’ARC a supposé que ce nouveau financement par subvention entraînerait une augmentation annuelle du nombre de bénévoles associés aux organisations bénéficiaires.  Pourtant, aucun objectif n’a été fixé quant à l’ampleur cette augmentation annuelle.  De plus, aucune donnée de l’ARC n’est accessible au public pour évaluer les résultats.

Deuxièmement, le nouveau financement par subvention était censé encourager une croissance annuelle de 5 % du nombre d’organismes participants au PCBMI.  L’hypothèse était qu’une augmentation du nombre d’organismes entraînerait automatiquement une augmentation du nombre de bénévoles.  Cependant, les données publiques de l’ARC montrent que cet objectif n’a pas été atteint, le nombre d’organismes participants étant inférieur de 8 % en 2024 à celui de 2020, l’année précédant le lancement du projet pilote.[ii]

Pour plusieurs raisons, il est peu probable que l’ARC accorde d’autres subventions après 2025.  Compte tenu de l’incapacité à recruter un nombre important de nouveaux bénévoles, l’ARC a-t-elle une nouvelle stratégie de recrutement pour soutenir la croissance du PCBMI?

Je n’en vois aucune trace.  Et je ne m’attends pas non plus à en voir.  L’ARC se concentrant actuellement sur l’introduction de la production automatisée de déclarations, elle semble supposer que dans quelques années, la demande de bénévoles pour le PCBMI diminuera.

Pourtant, le premier article de cette série remet en question cette hypothèse.

L’ARC devrait continuer à recruter des bénévoles pour soutenir le rôle de la PCBMI en tant que prestataire de services traditionnel et en tant que partenaire facilitant l’adoption de la production automatisée de déclarations de revenus.  Mon dernier article sur le recrutement de bénévoles, intitulé Une approche directe complémentaire, présentait plusieurs moyens peu coûteux ou gratuits permettant l’ARC de soutenir davantage le recrutement.  Ceux-ci restent pertinents.

Mais en raison de l’introduction de la production automatisée, l’ARC continuera probablement à s’appuyer sur les mesures existantes.

Il existe également une deuxième raison pour laquelle l’ARC est peu susceptible de devenir plus proactive en matière de recrutement de bénévoles.  Traditionnellement, elle a joué un rôle dans presque tous les aspects du cycle du bénévolat en offrant :

  • Un moyen de recrutement
  • La certification de tous les bénévoles
  • Des outils de formation
  • Une ligne téléphonique d’assistance dédiée pour répondre aux questions techniques des bénévoles
  • Une reconnaissance modeste sous forme de certificats d’appréciation 
  • La rétention en contactant les anciens bénévoles pour qu’ils s’inscrivent pour l’année suivante

Le seul domaine dans lequel elle n’a joué aucun rôle est celui de la gestion et de la supervision directe des bénévoles.

Pourtant, malgré son implication dans tous ces domaines, il semble y avoir une attitude de longue date au sein de l’ARC selon laquelle les bénévoles restent principalement sous la responsabilité des organismes d’accueil et non de l’ARC.  Cela se reflète en partie dans l’approche passive qu’elle a historiquement adoptée en matière de recrutement.  Mais cela se reflète aussi dans la volonté de l’ARC, avant la mise en place du projet pilote de subvention, de maintenir une certaine distance avec le PCBMI, affirmant qu’elle entretenait une « relation sans lien de dépendance » avec le programme.  

À ce stade, je ne m’attends pas à ce que l’ARC fasse grand-chose de nouveau pour promouvoir le recrutement de bénévoles pour le PCBMI au cours des prochaines années.  Si elle finit par se rendre compte que le succès de ses efforts en matière de production automatisée de déclarations dépend en partie du renforcement des capacités du PCBMI, elle pourrait s’intéresser davantage à la promotion active du recrutement de bénévoles.

Organismes d’accueil – Plans de recrutement

En l’absence de données, il est impossible de se prononcer avec précision sur les efforts de recrutement des organismes d’accueil.  Je m’appuie donc sur des témoignages anecdotiques, provenant à la fois de personnes avec lesquelles j’ai parlé et de ma propre expérience de bénévole auprès de quatre organismes d’accueil dans une grande municipalité, pour donner une idée de leurs efforts.

J’ai déjà suggéré que les organismes communautaires proposant des comptoirs PCBMI peuvent être divisés en deux grandes catégories.  Il existe un nombre relativement restreint d’organismes d’accueil du PCBMI dont les objectifs vont bien au-delà de la préparation et de la production des déclarations de revenus et de prestations et visent également à renforcer les connaissances financières de leurs clients.  Et puis il y a la majorité des organismes d’accueil du PCBMI qui offrent une gamme d’autres services sociaux à leurs clients en plus de ce service ou qui se concentrent sur la prestation de services PCBMI à une communauté ethnique ou religieuse spécifique.  Aucun de ces derniers organismes ne donne la priorité à la promotion de l’objectif plus large d’autonomisation financière de leurs clients.

Le premier groupe d’organismes d’accueil prend au sérieux le recrutement de bénévoles pour le PCBMI, car cela a une incidence sur leur capacité à remplir une partie de leur mandat principal.  Mais le deuxième groupe est moins soumis à la pression de fournir des services PCBMI ; comme cela ne fait pas partie de leur mandat principal, ils sont moins responsables devant leur conseil d’administration ou leurs donateurs quant à leur performance dans la prestation des services PCBMI.

En conséquence, je pense que le deuxième groupe, plus important, d’organismes d’accueil du PCBMI adopte une approche plus passive en matière de recrutement de bénévoles. 

Bien que cette approche plus passive ne s’applique pas à toutes les organismes d<accueil de ce deuxième groupe, j’ai observé certains comportements qui, selon moi, sont répandus.

Peu de ces organismes ont mise en place des stratégies pour gérer systématiquement le recrutement de bénévoles.  Le coordonnateur du comptoir d’impôt peut être chargé de recruter ses propres bénévoles.  S’il travaille dans une organisation multiservices, il peut avoir d’autres responsabilités professionnelles tout au long de l’année.  Il ne se préoccupe souvent du recrutement que vers la fin de l’année civile, alors qu’il est peut-être déjà trop tard pour inscrire et préparer pleinement un nouveau bénévole devant le début du mois de mars.

Certaines organisations ont la chance d’être trouvées par de nouveaux bénévoles.  D’autres contactent des collèges et les universités pour recruter des étudiants qui ont peu ou pas d’expérience dans le domaine des déclarations de revenus et de prestations.  D’autres encore acceptent les personnes qui leur sont recommandés par l’ARC.

Souvent, le recrutement est aléatoire, basé sur les personnes disponibles et non sur celles que l’on souhaite recruter.

Faute d’un processus bien défini et soutenu pour gérer l’intégration des nouveaux bénévoles, certaines organisations perdent leurs nouveaux bénévoles avant même le début de la saison des impôts.  Cela se produit, par exemple, lorsqu’un bénévole manque une partie de la formation, ne parvient pas à s’inscrire auprès de l’ARC en temps voulu, n’arrive pas à faire fonctionner le logiciel ImpôtExpert sur son ordinateur portable ou se rend compte qu’il ne peut tout simplement pas respecter son engagement initial en termes de temps.

Enfin, certaines organisations se contentent de leur effectif actuel de bénévoles.  Si elles perdent certains des bénévoles expérimentés de l’année précédente en raison de l’attrition, elles réduisent en conséquence leur offre de services PCBMI.  Cela est particulièrement vrai pour les organisations ethniques ou religieuses qui estiment disposer déjà d’une capacité suffisante pour répondre aux demandes de leurs propres membres.[iii]

Mais cette approche plus passive comporte une autre dimension.  Elle est le reflet de l’attitude adoptée par l’ARC.  Certains coordonnateurs de comptoirs d’impôt d’organismes d’accueil considèrent les bénévoles du PCBMI – du moins leur recrutement, leur formation et leur soutien technique – relèvent principalement de la responsabilité de l’ARC.[iv]  

Conclusion

En résumé, il y a eu un grand décalage entre la demande et l’offre, ce qui a systématiquement conduit à un nombre insuffisant de personnes desservies.  La situation s’est légèrement améliorée au fil du temps, passant d’une demande sur cinq satisfaite en 2017 à une sur quatre en 2023.  Mais cette amélioration est due à l’augmentation de la productivité des bénévoles, le même nombre de bénévoles en 2023 étant pratiquement le même qu’en 2017, mais desservant davantage de personnes.

Dans les années à venir, il y aura deux façons de combler l’écart entre la demande et l’offre de ce service.  L’ARC semble parier que la production automatisée de déclarations réduira la demande pour le PCBMI.  Mais je pense que ce n’est pas judicieux, car la demande est peu susceptible de diminuer et pourrait même augmenter considérablement au cours des prochaines années.  Au contraire, l’écart devra être comblé par une augmentation de l’offre de ce service.

Pour augmenter ce service, il sera essentiel de recruter et de retenir des bénévoles.

L’ARC et les organismes d’accueil partagent la responsabilité du recrutement des bénévoles.  Compte tenu de son pari sur la production automatisée de déclarations, je ne m’attends pas à ce que l’ARC intensifie ses efforts de recrutement très modeste pour le PCBMI dans les années à venir.  Pourtant, si la tendance actuelle du bénévolat au Canada se poursuit à la baisse, les organismes d’accueil auront beaucoup de mal à recruter de nouveaux bénévoles.

L’absence de croissance du nombre de nouveaux organismes d’accueil depuis la COVID signifie que la plupart des nouveaux bénévoles sont recrutés par des organismes d’accueil existants.  Avec l’annonce de la production automatisée de déclarations, les organisations communautaires qui auraient pu envisager de devenir des organismes d’accueil du PCBMI peuvent désormais supposer qu’il n’est pas nécessaire d’offrir des services PCBMI à ce stade.  Et la plupart des organismes d’accueils existants n’ont aucune incitation à intensifier le recrutement de bénévoles.

Compte tenu de tout ce qui précède, je vois se profiler une crise potentielle dans la prestation des services PCBMI au cours des cinq prochaines années, alors que l’écart entre la demande et l’offre des services PCBMI ne cesse de s’élargir.

Le résultat du pari de l’ARC selon lequel la production automatisée réduira le besoin du PCBMI ne commencera à se révéler qu’au début de 2028, après la première année complète de la production automatisée de déclarations de revenus.  Si le pari de l’ARC s’avère erroné, l’ARC pourrait alors se rendre compte qu’elle a toujours autant, voire plus que jamais, besoin du PCBMI.


[i] Ces données sont basées sur l’Enquête canadienne sur le don, le bénévolat et la participation de Statistique Canada, qui était menée tous les trois ans jusqu’en 2013, puis tous les cinq ans par la suite.

[ii] Bien que le chiffre pour 2025 ne soit pas encore disponible, il est peu probable qu’il dépasse le pic atteint en 2020.

[iii] Je connais un collègue qui est le seul bénévole pour quatre organismes d’accueil différents. Il m’a dit qu’aucune d’entre eux n’avait prévu de plan de relève. S’il décide d’arrêter un jour, il pense qu’ils se contenteront de rediriger leurs anciens clients vers d’autres organismes d’accueil de la même région.

[iv] J’ai discuté avec des coordinateurs de comptoirs d’impôt qui m’ont dit cela.

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