8 septembre 2026
Résumé
Cet article explique la méthodologie utilisée pour établir des classements provinciaux de la couverture du PCBMI chez les adultes vivant en situation de pauvreté. Comme Statistique Canada ne publie pas de chiffres annuels par province sur le nombre d’adultes vivant en situation de pauvreté, l’analyse combine deux ensembles de données officielles : les estimations de la population provinciale par tranche d’âge et les taux de pauvreté provinciaux calculés selon la mesure du panier de consommation (MPC). Afin d’isoler la population adulte, le groupe d’âge des 15 à19 ans dans l’ensemble de données démographique est réparti de manière à ce que seule la portion des 18 à 19 ans soit incluse dans le décompte des adultes. Pour chaque province et chaque année, le nombre estimé d’adultes vivant en situation de pauvreté est calculé en multipliant la population adulte par le taux de pauvreté selon la MPC. Les territoires sont exclus de cet exercice, car leurs taux de pauvreté selon la MPC sont généralement peu fiables ou inexistants.
Ces estimations provinciales de la pauvreté sont ensuite comparées aux statistiques annuelles du PCBMI de l’Agence du revenu du Canada (ARC), qui indiquent le nombre de clients aidés dans chaque province. Le taux de couverture pour chaque province est calculé en divisant le nombre de clients du PCBMI par le nombre estimé d’adultes vivant dans la pauvreté.
Comme les estimations provinciales de la pauvreté sont biaisées généralement à la baisse, les taux de couverture absolus ne peuvent pas être comparés d’une année à l’autre. Toutefois, ce biais est identique d’une province à l’autre et d’une année à l’autre. Ainsi, même si les valeurs absolues ne sont pas précises, les différences relatives entre les provinces sont réelles et pertinentes.
Aperçu
Cet article présente une explication détaillée de la méthodologie utilisée (accompagnée d’une justification) pour établir les classements présentés dans l’article intitulé « Inégalités d’accès entre les provinces aux services du PCBMI : classements annuels (2021-2025) ».

Pour comparer le rendement du PCBMI dans les différentes provinces, je prends les estimations annuelles du nombre d’adultes vivant dans la pauvreté dans chaque province et je les compare aux chiffres provinciaux du PCBMI publiées par l’Agence du revenu du Canada (ARC). Étant donné que Statistique Canada ne publie pas de chiffres provinciaux annuels des adultes vivant dans la pauvreté, cette méthode combine deux ensembles de données afin de produire des estimations provinciales cohérentes permettant des comparaisons entre les provinces.
Cette analyse ne porte que sur les dix provinces. Les estimations de la pauvreté selon la mesure du panier de consommation (MPC) pour les territoires (publiées dans le tableau 11‑10‑0135‑01) sont incomplètes et portent souvent des indicateurs de forte variabilité d’échantillonnage (E ou F), ce qui signifie que les données d’enquêtes sous‑jacentes sont trop limitées pour permettre des conclusions fiables. Plusieurs taux de pauvreté par groupe d’âge dans les territoires sont entièrement absents, tandis que d’autres sont statistiquement instables au point où l’établissement de chiffres sur la pauvreté à l’échelle de la population serait trompeur. Les données territoriales sont donc exclues.
Introduction
Trois ensembles de données servent de base à cette analyse, les deux premiers provenant de Statistique Canada :
1Estimations de la population par âge et par province : Tableau 17‑10‑0005‑01 (Estimations de la population au 1er juillet, par âge et genre)
Pourquoi utiliser les estimations au 1er juillet plutôt que celles de fin d’année ?[i]
2Taux de pauvreté provinciaux selon la MPC, par groupe d’âge : Tableau 11‑10‑0135‑01 (Statistiques de faible revenu selon l’âge, le genre et le type de famille économique)
3Statistiques de l’ARC sur le PCBMI par province
Étape 1 — Calcul du nombre d’adultes par province
Pour comparer la couverture du PCBMI entre les provinces, j’ai d’abord besoin obtenir des estimations provinciales du nombre d’adultes (18 ans et plus) vivant dans la pauvreté.
Les estimations de population de Statistique Canada par tranche d’âge sont regroupées en tranches de cinq ans (0–4, 5–9, 10–14, etc.). J’ai besoin d’estimations de la population pour les groupes suivants : les moins de 18 ans, les 18 à 64 ans et les 65 ans et plus.
Tout d’abord, je dois répartir la tranche d’âge des 15 à 19 ans, qui chevauche le seuil des 18 ans — l’âge à partir duquel une personne peut produire une déclaration de revenus, quel que soit son revenu, et à partir duquel on est donc considérée comme un adulte.
Pour isoler la population âgée de 18 ans et plus, je répartis le groupe 15–19 en supposant une répartition uniforme entre les âges :
- 3/5 de la tranche 15–19 sont attribués aux 15–17 ans
- 2/5 sont attribués aux 18–19 ans
L’estimation pour le groupe de 18 à19 ans est ensuite ajoutée à la population de 20 à 64 ans pour obtenir une estimation provinciale du nombre d’adultes âgés de 18 à 64 ans. Cette méthode de répartition assure la cohérence entre les provinces et d’une année à l’autre. Enfin, le groupe des 65 ans et plus est facile à calculer car 65 ans marque le début de la tranche d’âge de cinq ans allant de 65 à 69 ans ; il suffit donc d’additioner toutes les tranches d’âge à partir de 65 ans.
Étape 2 — Estimation du nombre d’adultes vivant dans la pauvreté par province
Les taux de pauvreté provinciaux selon la MPC sont fournis pour trois groupes d’âge distincts : les moins de 18 ans, les 18 à 64 ans et les 65 ans et plus. Les taux sont également accompagnés d’indicateurs de fiabilité. Les cotes E et F correspondent aux taux les moins fiables ; comme de nombreuses cotes attribuées aux groupes d’âge des territoires reçoivent ces cotes, ou n’ont aucune cote du tout, j’exclus les territoires de cet exercice.
Pour chaque province et chaque année, j’effectue le calcul suivant :
Population adulte (18 à 64 ans) X Taux de pauvreté MPC (18 à 64 ans)
et
Population adulte (65 ans et plus) X Taux de pauvreté MPC (65 ans et plus)
Ces deux chiffres sont ensuite additionnés pour obtenir une estimation du nombre d’adultes vivant dans la pauvreté. Cette méthode est nécessaire parce que Statistique Canada ne publie pas de chiffres annuels sur la pauvreté des adultes par province ; l’Enquête canadienne sur le revenu (ECR) ne fournit que des totaux nationaux.
Pourquoi les estimations provinciales de la pauvreté sont‑elles généralement inférieures aux totaux nationaux de l’ECR?[ii]
Étape 3 — Calcul des taux de couverture du PCBMI par province
L’ARC publie des statistiques annuelles du PCBMI, incluant le nombre de clients aidés par province. Je pars de deux hypothèses : que tous les clients du PCBMI vivent dans la pauvreté et qu’ils sont âgés d’au moins 18 ans.
La première hypothèse repose sur le fait que la plupart des organismes d’accueil sélectionnent leurs clients selon en fonction des plafonds de revenu suggérés par l’ARC. Ces plafonds de revenus tiennent compte de la composition du ménage. Bien qu’ils tiennent compte du revenu total et que les seuils de pauvreté de la MPC soient basés sur le revenu disponible, mon expérience acquise lors de l’analyse d’un petit nombre de comptoirs d’impôt suggère que plus de 90 % des clients desservis vivent en dessous du seuil de pauvreté de la MPC.
Quant à la deuxième hypothèse, je m’appuie à nouveau sur mon expérience acquise dans les comptoirs d’impôt pour en déduire que le nombre de clients âgés de moins de 18 ans est négligeable.
Pour chaque province et chaque année, je calcule :
Taux de couverture du PCBMI = Nombre de clients du PCBMI ÷ Nombre estimé d’adultes en situation de pauvreté
Ces taux de couverture constituent la base des classements provinciaux annuels. Enfin, je compare le classement de chaque province au fil des années.
Pourquoi peut‑on comparer les classements d’une année à l’autre, mais pas les taux de couverture ?[iii]
[i] L’ensemble des données du 1er juillet est le seul à fournir les détails par tranche d’âge nécessaires pour isoler la population adulte. Bien que les estimations en milieu d’année diffèrent légèrement des dénombrements de fin d’année, cette différence est très faible et n’a aucun effet significatif sur les comparaisons provinciales. Plus important encore, tout biais mineur lié à l’utilisation des estimations du 1er juillet s’applique uniformément à toutes les provinces et à toutes les années. Ainsi, même si les taux de couverture absolus ne peuvent pas être comparés d’une année à l’autre, les classements provinciaux demeurent valides.
[ii] La méthode « population × taux MPC » sous‑estime le nombre réel d’adultes vivant dans la pauvreté pour plusieurs raisons:
• les taux MPC sont arrondis à une décimale près
• les estimations de population utilisées sont celles de mi‑année plutôt que de fin d’année
• absence de microdonnées : l’Enquête canadienne sur le revenu utilise des microdonnées — des enregistrements d’enquête au niveau individuel qui permettent à Statistique Canada d’appliquer les règles de pauvreté au niveau familial, les seuils régionaux de la MPC, l’imputation du revenu, les ajustements pour la non‑réponse et des pondérations d’enquête calibrées. (Ces précisions ne peuvent pas être reproduites à partir des estimations provinciales de population et des taux de MPC publiés.)
• les données sur la pauvreté provenant des territoires ne sont pas incluses
• les données sur pauvreté concernant les populations autochtones vivant dans les réserves sont également exclues
Ces limites touchent toutes les provinces de manière uniforme, ce qui est essentiel pour la légitimité des classements.
[iii] Comme les estimations provinciales de la pauvreté sont biaisées généralement à la baisse, les taux de couverture absolus ne peuvent pas être comparés d’une année à l’autre. Toutefois, ce biais est identique dans toutes les provinces et constant d’une année à l’autre. Ainsi, même si les valeurs absolues ne sont pas précises, les différences relatives entre les provinces sont réelles et pertinentes.
